Les voies de l'âme

Ce blog a pour objet d'amener à réfléchir sur le sens de la vie, sur notre évolution personnelle. C'est donc l'expression d'un chemin de vie à la fois philosophique et spirituel.

04 septembre 2013

L'oeuf à la coque

 

oeuf

Dans la chambre de Thérèse 98 ans, on a laissé la fenêtre ouverte pour qu'elle puisse admirer ses chères montagnes, caressées par un frais soleil de printemps. Thérèse a toujours vécu dans cette région des Pyrénées-Atlantiques où elle finit ses jours à Cambo- les-Bains. Ce jour-là, quand Philippe, le directeur de l'établissement, passe la voir, cette patiente discrète a, pour la première fois qu'elle est ici, quelque chose à lui demander. Oh, pas grand chose! Thérèse voudrait simplement manger un œuf à la coque, un œuf frais! Avec une pincée de sel et une mouillette de pain beurré.

Philippe accepte aussitôt, heureux de pouvoir lui faire plaisir, ému aussi. Car il a compris, il a de l'expérience: ce que lui demande Thérèse, c'est un dernier vœu, une ultime façon d'apprécier la vie. Qui lui refuserait cela? Un œuf, une gourmandise à vingt centimes d'euros!

Philippe passe à la cuisine pour passer commande de son œuf. Stupéfaction: le chef cuisinier lui oppose un refus. Le règlement l'interdit, question de sécurité alimentaire. L'œuf réglementaire, c'est un produit en Tetra Brik, compacté sans sa coquille. Philippe tente de vaincre la résistance du cuisinier, puis de la diététicienne qui ne veulent pas se mettre dans leur tort. Alors le directeur se tourne vers les associés actionnaires de l'établissement qui refusent eux aussi. L'établissement risque la fermeture.

Thérèse a attendu son œuf pendant des heures. Elle s'est étonnée de ne pas le voir arriver. Elle s'est demandée pourquoi on le lui refusait, ce qu'elle avait fait de mal. Avait elle eu tort d'oser demander quelque chose? Personne ne répondra jamais à ses questions. Thérèse est morte le lendemain, en silence.

Il ne suffit pas de bonnes structures  pour aider et soulager  les personnes âgées. Encore faut-il un accompagnement humain quitte, parfois, à transgresser les lois, surtout lorsqu'il s'agit d'un dernier geste.

Extrait d'un article paru dans Horoscope

Posté par DANIEL GENTY à 07:00 - Expériences de vie - Commentaires [24] - Permalien [#]
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Commentaires sur L'oeuf à la coque

    Quelle triste histoire qui devrait réveiller notre conscience. Il faut oser prendre des risques et avoir le "courage" de les assumer pour que la vie retrouve un peu d'humanité. Il y en a assez de ces règlements et interdits et de ces satanés principes de précaution !!! On s'enlise dans la médiocrité à mes yeux, il nous faut réagir. Belle journée Daniel. brigitte

    Posté par Plumes d Anges, 04 septembre 2013 à 10:47 | | Répondre
    • Une histoire bien édifiante! L'inhumanité se trouve aussi dans les maisons de retraite.

      Posté par Daniel, 04 septembre 2013 à 14:07 | | Répondre
  • Tu vois Daniel, les sanglots sont arrivés spontanément à la lecture de cette histoire, tellement d'actualité.
    Je souffre vraiment de constater que ce manque d'humanité est de plus en plus fréquent. Nous n'avons plus la présence d'esprit ou l'éthique pour donner ce minimum qui fait tant plaisir à l'autre.

    Alors, ceci ne doit pas occulter l'importance du chemin individuel qui permet d'accepter les choses qui arrivent comme elles arrivent.
    Si nous pouvions choisir comment nous voudrions mourir.
    Je pense à toutes ces personnes âgées qui ont de grandes difficultés à rester autonomes et qui se sentent comme dans une geôle à l'approche de leur mort, faute d'avoir conservé les capacités suffisantes pour cette autonomie.

    Nous ne sommes plus assez attentifs à l'autre, au monde, à la nature, à nous-mêmes. Nous perdons le contact avec notre vraie nature. Et pourtant, si nous savions comme c'est bon d'être en contact avec tout, le cœur ouvert ...

    Posté par alain thomas, 04 septembre 2013 à 13:08 | | Répondre
    • C'est le case ma mère qui a fait une hémorragie cérébrale et qui est maintenant grabataire. Elle est en maison de retraite et souffre beaucoup du manque d'humanité. Le personnel fait son boulot mais pas plus. Pas de tendresse et peu d'écoute. Difficile la fin de vie. On le choisit pas.

      Posté par Daniel, 04 septembre 2013 à 14:10 | | Répondre
  • C'est triste, pus encore que ma petite dame qui regarde derrière la vitre avec nostalgie...

    Posté par MARIE, 04 septembre 2013 à 13:22 | | Répondre
    • Que les dernières années doivent être difficiles ! Solitude, manque d'autonomie, souffrance......Bon alors profitons en encore.

      Posté par Daniel, 04 septembre 2013 à 14:13 | | Répondre
  • Le règlement... Ce sur quoi certains s'appuient à mauvais escient, allant jusqu'à perdre toute sensibilité et le sens de l'écoute !

    Cette histoire est bien triste, Daniel.

    Cathy.

    Posté par Cathy, 04 septembre 2013 à 13:44 | | Répondre
    • C'est pour cela que je n'ai jamais aimé trop l'autorité. Cela m'a joué des tours dans ma vie. Le règlement, être dans un moule, c'est pas mon truc.

      Posté par Daniel, 04 septembre 2013 à 14:15 | | Répondre
  • En quelques phrases : l'image de notre société .
    Ce qui est triste, c'est qu'il n'y a même pas de bourreaux ni de victimes identifiables , ou plutôt il n'y a que des victimes . Les soi-disant bourreaux sont victimes de leurs propres peurs (microbes, hiérarchie, perte d'emploi, etc ...) .
    Notre système n'est qu'un bloc compact de peurs en tout genre, un bloc d'illusion . Et l'illusion peut être plus tenace et plus dure que le roc .
    D'où la nécessité, encore et encore, sans relâche, de travailler sur soi, de prises de conscience en prises de conscience, pour éroder ce roc . La somme des individus forme le collectif .

    Posté par marie christine, 04 septembre 2013 à 14:05 | | Répondre
  • L’œuf à la coque comme beaucoup d'aliments simples et chargés de souvenirs vont disparaitre au "bénéfice" d’une alimentation industrielle;
    Proust n'y retrouverait pas sa madeleine...

    Posté par manouche, 04 septembre 2013 à 16:12 | | Répondre
    • La bouffe industrielle, même dans les maisons de retraite alors que l'on devrait leur préparer de bons petits plats.

      Posté par Daniel, 05 septembre 2013 à 16:26 | | Répondre
  • C'est scandaleux. Je sens que je vieillis car je commence à me demander : Dans quel monde vivons nous. Je me sens toute grognonne après cette lecture. Amitiés.

    Posté par Ariaga, 04 septembre 2013 à 17:48 | | Répondre
  • Ce pauvre Philippe n' a pas beaucoup d'imagination , pourquoi s'est-il soumis si facilement, lui le directeur de l' établissement qui connaît comment fonctionne le système? Et pourquoi demande t-il des autorisations? C'est lui le directeur,
    Alors il aurait du entrer dans la cuisine , faire cuire lui-même l'oeuf à la coque, couper un morceau de pain sans rien dire à personne , puis il aurait rejoint Thérèse et il aurait fait sa B.A. de la journée

    Posté par Lyne-Anke, 04 septembre 2013 à 18:53 | | Répondre
    • Bien d'accord, Lyne-Anke ! A moins qu'il ait été dénoncé comme au temps du nazisme . On ne peut plus s'étonner de rien .

      Posté par marie christine, 04 septembre 2013 à 23:48 | | Répondre
      • Tout s'envenime! on pourrait aussi à postériori l' accuser d'avoir empoisonné Thérèse avec un oeuf à la coque ,vu qu'elle décède le lendemain. On vit dans un monde de parano!

        Posté par Lyne-Anke, 05 septembre 2013 à 10:48 | | Répondre
    • C'est bien vrai, ça. Je n'y avais pas pensé !

      Posté par Daniel, 05 septembre 2013 à 16:28 | | Répondre
  • Bravo Lyne-Anke pour votre conseil !
    C'est exactement ce que j'aurais fait à la place de ce bon Monsieur Philippe :
    Préparer l'oeuf sans rien dire à personne.
    Quitte à aller en prison !

    J'ai un vieil oncle de 92 ans qui est également en Maison de Retraite.
    Lui aussi me réclame souvent un oeuf à la coque.
    Alors, dans ce cas, je le sors, et il vient déjeuner chez moi, à 2 km de là.
    Je lui cuis son oeuf, je lui beurre ses mouillettes dans du bon pain frais, avec une pincée de sel, et il se régale.

    Mais moi, je ne critiquerais pas si vite le système actuel.
    Car qui est le plus fautif et le moins humain ?
    Le législateur qui tente de cadrer la société pour éviter les dérives,
    Ou le citoyen (bête et méchant) qui porte plainte pour un rien, et qui va traîner au tribunal la femme de ménage qui aura mal fait son travail ?

    Vous voulez un exemple ?
    La mort de mon père en 2007 :
    Agé de 77 ans, un matin, il ne se sent pas très bien.
    Il appelle son médecin qui passe le voir sans tarder.
    Ce bon docteur lui dit qu'il repassera dans l'après-midi pour un examen complémentaire avec un appareil spécifique.
    Mon père s'écroule ce même après-midi dans son jardin en allant donner à boire à ses moutons, avant le passage dudit médecin.

    Ma belle-soeur (qui est pharmacien) nous propose de porter plainte, car on ne laisse pas un patient qui se sent mal sans l'envoyer à l'hôpital.
    Je ne suis ni procédurier, ni pour la mort du pêcheur, aussi avec mes 4 frère et soeurs nous n'avons pas choisi de suivre le conseil de la plaignante.

    Mon père a eu, selon moi la mort, qu'il souhaitait, au milieu de son jardin qu'il aimait tant.

    Resquiescat in Pace !

    Posté par PLV, 05 septembre 2013 à 12:33 | | Répondre
    • Beaucoup d'humanité dans votre témoignage et dans tous les commentaires , Il ne faut pas désespérer donc.

      Posté par Lyne-Anke, 05 septembre 2013 à 12:49 | | Répondre
    • Bravo, Alain. C'est exactement ce que j'aurais fait si mon père s'était trouvé dans cette situation.
      Sympa, l'œuf à la coque de ton oncle. Cela peut paraître peu important......Et pourtant ! Il y a dans ce geste, la compassion, la disponibilité, l'offre de soi......

      Posté par Daniel, 05 septembre 2013 à 16:35 | | Répondre
  • Quel récit émouvant...
    J'ai tant vu de personnes âgées mourir dans l'hôpital où ma mère étai en fin de vie... Elle était bien la seule à recevoir la visite de ses enfants chaque jour, et ce jusqu'à sa mort..
    L'indifférence, l'égoïsme, font que les gens se referment sur eux et ne pensent plus à autrui..
    Quel monde allons nous laisser à nos petits enfants ?

    Posté par justine, 05 septembre 2013 à 12:56 | | Répondre
  • je crois que la seule solution est d'inventer nous-mêmes les lieux de nos fins de vie : s'en occuper avant d'en avoir besoin, prévoir... Nous espérons tous finir nos jours dans notre jardin, notre maison... Mieux vaut je crois prévoir un lieu qui puisse se partager à plusieurs, avec parties communes, partage d'outils, de voiture, d'aides ménagères ou médicales.... et partie individuelle ou chacun vit sa vie à son rythme et à sa façon. Le partage non comme une obligation mais comme un plus, un choix ! Plus d'entraide, de sécurité, de sérénité. Possibilité de soins, d'activités, de repas en commun, ensemble, et garantie à chacun d'être seul et tranquille dans son "chez soi".
    En partageant nos ressources, en évitant de consommer inutilement (véhicules,outils, électroménager, chambres pour les amis de passage et la famille), en pouvant aider ceux qui ne peuvent plus entretenir un potager, des fleurs...
    Il existe déjà des lieux de ce genre, inspirons-nous d'eux, parlons-en avant de nous retrouver coincés par l'âge, les soucis de santé ou financiers... et nous éviterons pour nous et ceux que nous aimons les mouroirs que tous nous connaissons et dont nous ne voulons pas ! la vie est belle, pour tous, à condition de se prendre en main et de faire changer les choses !

    Posté par Pam, 08 septembre 2013 à 09:13 | | Répondre
  • Oui Pam, vous pensez peut-être aux béguinages ?

    Posté par PLV, 09 septembre 2013 à 12:30 | | Répondre
  • à Marie-Christine,
    Pas mal ton analyse.
    Nous sommes en effet victimes de nos peurs.
    Notre système est un bloc de peurs et d'illusions.
    J'ajouterai :
    Notre système est trop matérialiste.
    Faire de l'argent.
    Produire à moindre coût.
    Gagner au Loto.
    Acheter la grosse voiture.
    Voyager en Sicile (Oh pardon Daniel !)
    Le pauvre, je le taquine, et il ne peut même pas se défendre ...
    Empêtrés par cette gangue, nous avons bien du mal à laisser parler la voix de notre âme.
    Bon aprem à chacun.

    Posté par PLV, 09 septembre 2013 à 12:41 | | Répondre
  • nos amis belges sont vraiment en avance : béguinages, solutions alternatives passionnantes, constructives et humaines pour les enfants handicapés, pour les alzheimer...etc. Le "village des enfants" de la fille de Pierre Rahbi est lui aussi une initiative passionnante : partant des enfants, l'expérience s'ouvre et se diversifie, il faut suivre toutes ces idées et en créant de nouvelles ! bonne journée à tous. Pam.

    Posté par Pam, 10 septembre 2013 à 11:45 | | Répondre
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