Les voies de l'âme

Ce blog a pour objet d'amener à réfléchir sur le sens de la vie, sur notre évolution personnelle. C'est donc l'expression d'un chemin de vie à la fois philosophique et spirituel.

24 juin 2011

Thomas More( suite)

 

tour de londres
La Tour de Londres

Le texte envoyé par PLV, concernant Thomas More, m’a amené à me pencher un peu plus sur la vie de ce personnage. J’avais eu l’occasion d’étudier sa vie à l’école et avais tout oublié. Pour ne pas renier ses convictions, Thomas More va mourir d’une façon cruelle. Il n’avait pas accepté de reconnaître l’autorité religieuse que s’était arrogé Henri VIII et qui niait celle du pape. En relisant sa vie, je fus à la fois ému et admiratif par sa façon d’être et d’avoir vécu. J’ai pensé intéressant  de diffuser ci-dessous ce très beau texte, écrit pendant sa détention, et significatif de sa grande foi.

Sir-Thomas-MoreNous sommes en avril 1534 et Thomas More vient d’être emprisonné à la Tour de Londres. Il y reste plus d’un an. Ses journées se déroulent dans des conditions extrêmement difficiles. Le froid et la faim détériorent sa santé et il  croit à plusieurs reprises qu’il ne verra pas son procès. Pendant sa détention, il médite sur la mort et écrit, au moins pendant un temps, plusieurs ouvrages. Il écrit en particulier La tristesse du Christ, une méditation sur la passion du Christ de la fin de la Cène à l’arrestation. Thomas More savait que Dieu avait fait l’expérience de la fragilité humaine et de la solitude face à la mort. Il a connu le combat de l’homme qui avance vers la mort, l’Agonie.  Il  craint de ne pas être assez fort pour affronter cette douloureuse épreuve. Le jury le condamne à être pendu, traîné et éviscéré, mais le roi commue cette sentence en décapitation. L'exécution a lieu le 6 juillet 1535. Quand il arrive au pied de l'échafaud, il dit à l'officier qui se trouve présent: « Je vous en prie, je vous en prie, Monsieur le lieutenant, aidez-moi à monter, pour la descente, je me débrouillerai. ». Il embrassa son bourreau : « Courage, mon brave, n'aie pas peur, mais comme j'ai le cou très court, attention ! Il y va de ton honneur. » Il se banda les yeux et se plaça lui-même sur la planche.

Voici le texte:

 

Donne moi ta grâce, Seigneur bon,
de tenir pour rien le monde
De tenir mon esprit fixé en Toi,
et de ne pas flotter au souffle des bouches humaines;
De m’accommoder à la solitude,
De n’être pas avide de compagnie mondaine,
Peu à peu de rejeter le monde
et de libérer mon esprit de son tourbillon;
De ne pas être avide de ses nouvelles mais dégouté de ses vanités;
Joyeusement de penser à Dieu
D’implorer son secours
et de prendre appui en son réconfort;
de me mettre activement à l’aimer,
de découvrir ma vilenie et ma misère,
pour me faire tout petit sous sa main puissante;
de pleurer mes péchés passés, et pour m’en purifier
de supporter patiemment l’adversité;
de souffrir volontiers mon purgatoire ici-bas
d’accueillir avec joie les tribulations;
de suivre l’étroit chemin qui conduit à la vie;
de porter la croix avec le Christ;
d’avoir en mémoire les fins dernières,
d’avoir toujours ma mort devant les yeux,
une mort toujours présente,
pour qu’elle ne me soit pas étrangère.
D’envisager et considérer le feu éternel de l’enfer;
d’implorer mon pardon avant que vienne le Juge,
d’avoir sans cesse à l’esprit la Passion
que le Christ souffrit pour moi.
De le remercier continuellement de ses bienfaits,
de racheter le temps que j’ai perdu,
de m’abstenir de vaines parlotes et de sotte gaîté;
de couper court aux récréation superflues.
De tenir pour rien la perte des biens de ce monde,
des amis, de la liberté et du reste pour gagner le Christ.
De voir en mes plus ennemis, mes plus grands amis.

 

Posté par DANIEL GENTY à 07:00 - Informations - Commentaires [17] - Permalien [#]
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Commentaires sur Thomas More( suite)

    L'élévation de l'âme

    Pourquoi faut-il donc que l'homme s'élève à ce point dans la grande souffrance pour révéler sa vraie nature par la Clairvoyance de toutes les choses ?

    Pourquoi ne pouvons-nous pas évoluer sans expérimenter les tribulations, la solitude qui précède la mort, la souffrance de la privation, la vieillesse et la maladie ?
    Il y a ceux qui s'élèvent prodigieusement dans la souffrance et ceux qui tombent dans la détresse sans avoir la faculté de s'élever sensiblement.
    Il est donc vital de préparer ses bagages tout au long de sa vie pour être "prêts" à l'heure de la mort.

    Combien d'hommes sans foi toute leur vie l'ont découverte à l'heure de leur mort ?
    Combien de pratiquants avertis se sont trouvés nus à l'instant de l'agonie ?
    Qui peut savoir comment il se comporterait dans une situation dramatique quand l'instinct prime sur la Conscience ?

    Thomas More est un grand homme, au regard simplement de l'humour et de la compassion qu'il a vécus avec son bourreau au moment ultime.
    Non seulement il est allé à l'échafaud avec une foi éprouvée et inébranlable mais il a de plus profité de l'occasion pour offrir un "mérite" à celui qui allait effectuer la "besogne".

    Posté par alain thomas, 24 juin 2011 à 07:37 | | Répondre
  • compassion

    Mais attention à la compassion artificielle qui peut être un piège de l'ego .

    Posté par marie christine, 24 juin 2011 à 07:54 | | Répondre
  • Marie

    Personne ne sait ce qu'est la Grande Compassion tant que l'être humain expérimente la dualité en étant prisonnier de son corps, dans lequel l'ègo s'insinue partout tout au long de sa vie.

    Mais pour s'en approcher, il faut bien y tendre, de quelque manière que ce soit.

    Déjà, si nous décidons de ne plus manger de viande, de ne plus tuer d'animaux, quels qu'ils soient, jusqu'au moindre des insectes, si nous exprimons de la sympathie et du pardon pour ceux qui sont nos pires ennemis, nous faisons un pas et franchissons un palier.

    Je pense à cette mère qui, pendant le procès de ce tueur en série dont j'ai oublié le nom, a été la seule à lui pardonner directement. Alors que les autres lui ont demandé s'il avait des regrets, il n'a pas bronché. Devant cette femme, il s'est agenouillé et s'est effondré en pleurant toutes les larmes de son corps.
    Ici, nous avons l'exemple d'un certain niveau de compassion qui existe bel et bien.
    La compassion humaine n'est jamais artificielle. Elle s'expérimente à des degrès évolutifs, selon l'individu qui chemine.
    Il ne faut pas tout considérer négativement.

    Posté par alain thomas, 24 juin 2011 à 09:03 | | Répondre
  • Alain

    Quand je parle de compassion artificielle, je parle de dogme . Une sorte de compassion par la connaissance mentale du processus .
    La vraie compassion du coeur ne s'acquiert pas si facilement . Il faut avoir atteint un certain niveau (comme tu le dis) ... Ce qui est sans doute le cas de cette femme . Elle était parfaitement sincère, d'où l'efficacité formidable des vibrations qu'elle a émises .

    Posté par marie christine, 24 juin 2011 à 11:56 | | Répondre
  • Marie

    Tu as raison de souligner que la compassion ne s'acquiert pas facilement.
    Je t'ai légèrement taquiné pour ouvrir un peu plus le dialogue sur cette grande Dame qu'est la compassion.
    Tout comme "amour", ce sont des mots vite galvaudés.
    On ne sait pas ce qu'est le grand Amour.
    C'est le même processus. Il y a différents niveaux.
    Sur le plan ultime, Amour et Compassion sont UN.

    Posté par alain thomas, 24 juin 2011 à 13:52 | | Répondre
  • compassion artificielle

    Il me semble que l'on peut avoir de la compassion seulement si l'on se voit soi-même dans l'autre. Il y a en nous le meilleur et le pire et lorsqu'on l'a vu et accepté, les jugements se font rares.
    Moi je vois bien que j'ai un choix à faire et je comprends que celui qui choisit de suivre le "mind" (je ne sais pas comment le dire autrement) il n'y a pas de limites aux atrocités qui peuvent en découler.
    S'efforcer de ne pas juger ça ne donne rien, c'est la "compassion artificielle" comme tu dis Marie, parce que cela nous a été enseigné mais ne vient pas d'une réelle compréhension.

    Posté par kea, 24 juin 2011 à 15:26 | | Répondre
  • Réflexion

    Une pensée qui demande réflexion et surtout à être regardée dans son contexte. Merci.

    Posté par Ariaga, 24 juin 2011 à 16:14 | | Répondre
  • Un aperçu

    Se voir soi-même dans l'autre est déjà un acte de compassion.
    C'est d'abord un acte d'ouverture. L'ouverture est une brèche sur la connaissance et les intuitions.
    Il n'y a plus de séparation entre soi et l'autre. Il n'y a donc plus de différence.
    Ainsi, la compassion "naît" naturellement.
    La compassion n'est donc pas un effort sinon, elle est artificielle ou "forcée".
    Il n'y a aucun effort à fournir.
    C'est spontané.
    "Souffrir avec".
    C'est spontané donc indicible.
    Cela s'expérimente.
    Cela se vit.
    CELA EST.

    Posté par Alain Thomas, 24 juin 2011 à 17:21 | | Répondre
  • ressentir l'autre

    Tout à fait d'accord avec toi Kea !

    Avec toi aussi Alain, avec une nuance . La compassion, ça peut être "souffrir avec", mais ce n'est pas la même souffrance, ce n'est pas une souffrance désespérée, ce n'est pas une souffrance qui fait plonger avec . Car celui qui a atteint l'état de compassion, donc d'amour (enfin qui s'en rapproche !) connaît la joie intérieure permanente . Il ressent donc les deux choses en même temps, ce qui le fait relativiser la souffrance .

    Posté par marie christine, 24 juin 2011 à 17:32 | | Répondre
  • l'identification

    Il n'est pas toujours à notre avantage de se voir dans l'autre, surtout s'il a commis un acte horrible.
    Ce qui nous habite nous fait très peur et on ne veut pas le voir. Ça demande un courage extrême pour regarder parce qu'on a appris à s'identifier à ce qui nous habite, de là cette idée que nous sommes tous des pécheurs je pense. Pourtant peut-être que Dieu nous a créés ainsi et que ce n'est pas du tout notre faute, comme la poussière qui se dépose sur nous et sur nos vêtements, nous n'en somme pas responsables et il ne sert à rien d'essayer de décortiquer cette poussière pour savoir si elle nous appartien ou pas.
    J'écris ça un peu vite comme ça mais, je réfléchis à cela.

    Merci Alain de tes com

    Posté par kea, 24 juin 2011 à 17:34 | | Répondre
  • joie permanente

    J'aime beaucoup ce que tu dis Marie, tes prises de conscience sont profondes et enrichissantes. Je suis heureuse de pouvoir en profiter.

    et de profiter des interventions de tous en fait, c'est pourquoi je visite ce site quotidiennement, parce qu'il y a un réel cheminement et chacun est si unique. C'est une vraie joie de vous lire.

    Posté par kea, 24 juin 2011 à 17:39 | | Répondre
  • La compassion

    Il y a trois espèces de compassion.
    La première est une sensiblerie maladive, qui nous réduit à être les jouets de nos nerfs, de la ruse des faux malheureux, de nos vices obscurs même.

    La seconde c'est, étendu dans un bon fauteuil, au coin du feu, de se dire:
    " Combien de pauvres diables vont coucher sous les ponts, cette nuit! "

    La troisième sorte de compassion, la seule vraie, c'est, après avoir eu cette pensée, de prendre son chapeau, de sortir dans la rue, à la recherche d'un va-nu-pieds, de lui offrir un repas et une chambre; c'est aussi, quand on a pas le sou, de ramener chez soi, le pauvre diable et de le mettre dans son propre lit.

    (Sédir)

    Posté par Eve Lyne, 24 juin 2011 à 18:14 | | Répondre
  • A Eve Lyne

    Toujours la même chose Eve Lyne: tout se joue dans l'action: des actes, rien que des actes....
    Bon, c'est parfois difficile...mais quand même....

    Posté par Daniel, 24 juin 2011 à 18:27 | | Répondre
  • Action

    Eh oui, Daniel...
    Pourtant, trop souvent...
    Acte incomplet ou insuffisant.

    Extrait: (Dialogue avec l'ange.)

    Posté par Eve Lyne, 24 juin 2011 à 19:36 | | Répondre
  • Oui Eve Lyne,

    C'est très bien vu vos trois aspects de la compassion.
    Merci pour ce partage.

    Posté par PLV, 25 juin 2011 à 00:40 | | Répondre
  • A tous

    Je crois que la Grande Compassion est un état et non pas une acte.

    Les actes de compassion tels que nous les envisageons sont en fait des actes à caractère humanitaire ou fraternel.
    Mais pour la plupart nous les "forçons", avec toute la sincérité que nous voudrions exprimer.
    Ces actes sont nécessaires pour accumuler du mérite et ils nous aident sur notre chemin.
    Cependant ils ne sont pas la Compassion.
    On peut les appeler générosité, bonté, entraide, solidarité ou tout ce que vous voulez.

    la Compassion est spontanée ou elle n'est pas.
    Et c'est cette spontanéité qui donne cet état d'être.

    Et là je vous rejoins Marie et Kéa, au point ultime, Amour, Compassion, Joie et Equanimité sont UN.
    Mais là nous sommes dans la non dualité, état que nous ne connaissons que par des aperçus si infimes qu'il nous est très difficile de l'exprimer.

    Posté par Alain Thomas, 25 juin 2011 à 10:35 | | Répondre
  • le désintéressement

    La plus grande compassion c'est l'état naturel du désintéressement.
    C'est l'action même portée en dehors de toute volonté..elle est naturelle.
    Il n'y a qu'à voir les plus grands hommes que le monde est pu côtoyer : Gandhi, St Vincent de Paul, Jeanne Jugan (les petites soeurs de pauvres), Jean de la Mennais (qui était pour l'instruction des enfants des campagnes - le précurseur de Jules Ferry - "De l'instruction nait la Grandeur des Nations") etc...
    La compassion, à mon sens, est spontannée, c'est un "cri du coeur" sinon elle devient "conscience".
    Elle agit pour le bien-être de tous et de chacun.

    Posté par Sarah, 25 juin 2011 à 10:58 | | Répondre
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