valse

 

Vienne, février 1970. L’hiver s’est installé depuis longtemps dans la capitale autrichienne. Il prend ses aises, recouvrant de son lourd manteau blanc les rues et les parcs de la ville. Dans une heure aura lieu le traditionnel bal de l’Opéra. Nous sommes au 6e étage de cette immense et célèbre bâtisse « le Wiener Staatoper ». Comme tous les couples présents nous veillons aux derniers détails vestimentaires de nos tenues avant d’entrer dans la grande salle de bal, au son  de la Polonaise d’ouverture. Ce sera un moment féérique, magique. Nous attendons cela depuis si longtemps.

J’ajuste mon smooking et je vous avoue que j’ai le trac. Tiens, un petit cheveu sur mon épaule ! Mon amie se regarde une dernière fois dans son petit miroir pour voir si tout va bien. Elle est belle, très belle avec son diadème posé sur sa chevelure toute blonde.  Soudain elle pousse un cri d’effroi, met sa main devant la bouche et me dit « J’ai perdu le pendentif de ma grand-mère que j’avais autour de mon cou !!  J’y tenais tellement !» Elle éclate en sanglots et ses larmes coulent sur son visage détruisant son maquillage si savamment fait. Le rimmel dégouline sous ses yeux. Sa poitrine se soulève, tressaute et sa belle robe blanche, toute moulante, mettant en valeur son beau corps , craque brusquement dans son dos dans un petit bruit sinistre.

Catastrophe !! Fini le bal pour nous. Alors je lui prends la main, la tire un peu violemment et nous descendons les escaliers précipitamment. Un talon de sa chaussure casse....Heureusement un taxi est là, aux pieds de l'opéra. Nous nous engouffrons dedans....." Le shlosshotel Römischer Kaiser, bitte !". 

Nous voilà arrivés. J’ouvre la porte de la chambre et aussitôt j’allume la télévision. Le bal  s’en donne à cœur joie, ignorant le petit drame qui venait de se jouer.  Les danseurs viennent d’attaquer une belle polka. C’est joyeux, c’est plein d’entrain. La vie peut être si légère !!

La robe de mon amie a fini de rendre l’âme. J’achève de la déchirer. La robe tombe et elle se retrouve nue devant moi. Je la prends dans mes bras et l’entraîne dans la polka effrénée…..Elle se met à rire , de son rire si cristallin que j’aime tant. Elle s’abandonne dans mes bras. Alors je la pousse sur le lit pendant que l’orchestre attaque le Beau Danube Bleu !

Daniel