Les voies de l'âme

Ce blog a pour objet d'amener à réfléchir sur le sens de la vie, sur notre évolution personnelle. C'est donc l'expression d'un chemin de vie à la fois philosophique et spirituel.

08 juin 2016

Marinaleda

 

marina

En Andalousie, dans la province de Séville, une commune d'environ 2700 habitants vit dans la misère et la pauvreté. Nous sommes en 1970. Pas de rues goudronnées , un habitat misérable, pas de collège. Tout autour de Marinaleda d’immenses propriétés appartenant pour la plupart à de riches propriétaires terriens. « Los terratenientes », l’aristocratie seigneuriale séculaire, exploitent des milliers d’hectares et des dizaines de milliers d’ouvriers agricoles, peones ou jornaleros (journaliers). C’est le royaume du travail précaire car tout est mécanisé.

1975 sonne la fin du franquisme. Un souffle de libéralisme commence à balayer l'Espagne. Les villageois décident alors de se présenter aux premières élections municipales libres depuis la fin de la dictature Ils créent alors le Collectif Unitaire des Travailleurs (CUT), encore au pouvoir 35 ans après. A sa tête Sánchez Gordillo, maire de Marinaleda qui, depuis plus de 30 ans, instaure une démocratie participative et engage une lutte féroce mais non violente contre le plus grand propriétaire terrien de la région: le duc de l'Infantado, détenteur de 17 000ha de terres. Grèves de la faim, occupation des fermes se succéderont pendant 10 ans  jusqu'à la décision de gouvernement andalou d'exproprier et de racheter 1200 ha du domaine du duc pour les donner au village de Marinaleda.

L'aventure sociale et humaine pouvait commencer, aventure fondée sur une idéologie de gauche. Depuis 30 ans l’ensemble des décisions concernant le village, la politique, les budgets, les impôts, la coopérative etc. sont discutées et votées lors d’assemblées générales, auxquelles tous les villageois peuvent participer.

Le Maire estime que l’accord des habitants doit au minimum avoisiner les 80 % pour être représentatif du sentiment de la population. A noter que ce dernier et les autres élus de la ville ne reçoivent aucune rémunération au titre de leur charge.

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Lors des assemblées participatives, les villageois ont adopté la proposition des maisons auto- construites. Cela afin de lutter contre les problèmes de logement et contre la spéculation immobilière.

Ainsi, le gouvernement andalou finance le matériel, la mairie fournit le terrain et l’architecte, et les futurs propriétaires travaillent sur la construction ou embauchent eux-mêmes un professionnel pour le faire.

Une fois la maison construite, les occupants s’acquittent de 15 euros par mois pour rembourser l’investissement de l’Andalousie et du village. A noter que toute personne ayant vécu au minimum un an dans le village peut demander à la mairie une maison auto-construite.

 

Quant aux terres attribuées, les villageois en ont fait une grande parcelle agricole collective. Ils produisent des fèves, des artichauts, des poivrons et de l’huile d’olive vierge extra. Les travailleurs eux-mêmes contrôlent toutes les phases de la production, la terre appartient à “l’ensemble de la collectivité”. L’exploitation comprend une conserverie, un moulin à huile, des serres, des équipements d’élevage, un magasin. Quel que soit leur poste, les travailleurs reçoivent tous un salaire de 47 euros la journée et travaillent 6 jours par semaine, soit 1 128 euros par mois pour 35 heures par semaine [le salaire minimum est de 641 euros].

Ajoutons à tout cela que la garderie coûte 12 euros/mois/enfant (cantine comprise) et que  l’accès aux équipements publics est gratuit (sauf la piscine). Bref, à Marinaleda, personne ne roule sur l’or (même pas le maire qui n’est pas payé pour remplir ses fonctions), mais personne ne manque de rien.

L’utopie de Marinaleda n’est pas parfaite. Le processus est partiel et connaît des contradictions, ce qui est inévitable dans tout processus de transformation sociale. Mais comme le rappellent souvent ses habitants, elle a valeur d’exemple. Car construire des alternatives, disent-ils, peut être fait partout…Cette expérience est la source d'une certaine polémique et les critiques disent cependant que le progrès économique et social est en grande partie due au fait que près de 80 % du revenu reçu par la ville de Marinaleda provient de transferts d'argent venant d'administrations centrales telles que l'état, la communauté autonome d'Andalousie ou la députation de Séville.

Posté par DANIEL GENTY à 07:00 - Expériences de vie - Commentaires [16] - Permalien [#]
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Commentaires sur Marinaleda

  • je connais cette expérience magnifique qu'est Marinaleda, un exemple à suivre !
    amitié .

    Posté par Marie-Claude, 08 juin 2016 à 07:18 | | Répondre
  • Rien n'es pas parfait mais l’idée est généreuse et les réalisations "sociales".

    Posté par manouche, 08 juin 2016 à 08:14 | | Répondre
    • Je crois que le système idéal n'existe pas et même quand il n'est pas trip mauvais, les hommes s'acharnent à le pervertir

      Posté par DANIEL GENTY, 08 juin 2016 à 18:30 | | Répondre
  • Très belle expérience, espérons qu'elle puisse durer et s'étendre à d'autres communes

    Posté par gazou, 08 juin 2016 à 09:57 | | Répondre
    • Espérons....Je crois qu'il existe d'autres expériences similaires.

      Posté par DANIEL GENTY, 08 juin 2016 à 18:31 | | Répondre
  • Merci pour le résumé de Marinaleda.. j'en ai entendu parler, les détails que vous apportés me sont précieux Bel exemple qui devrait s'étendre !
    En toute amitié.

    Posté par m'mamzelle Jeann, 08 juin 2016 à 10:03 | | Répondre
    • Une expérience intéressante et qui semble durer.

      Posté par DANIEL GENTY, 08 juin 2016 à 18:32 | | Répondre
  • chouette initiative.
    Bon mercredi Daniel

    Posté par eki eder, 08 juin 2016 à 14:03 | | Répondre
  • Rien n'est gravé dans le marbre et tout peut changer à tout moment, même si on s'acharne à nous bassiner le contraire...
    ¸¸.•*¨*• ☆

    Posté par celestine T, 08 juin 2016 à 18:16 | | Répondre
    • Tout change, tout se transforme. C'est l'impermanence. Ceux qui souhaitent vivre sur leurs acquis sont malheureux. Il faut avoir la force d'abandonner, de laisser glisser sans essayer de retenir. Ce n'est pas du renoncement mais de la sagesse.

      Posté par DANIEL GENTY, 08 juin 2016 à 18:36 | | Répondre
  • Avec toutefois quelques problèmes !! Et surtout des aides financières fournies par l'état. Sans argent on ne peut pas faire grand chose.

    Posté par DANIEL GENTY, 08 juin 2016 à 18:29 | | Répondre
  • Je n’acquiesce pas à ce système qui, une fois de plus, n'est pas viable si l'on ne taxe pas l'ensemble du pays...
    Ainsi, je n'y vois qu'une démonstration éloquente de "tirer tout le monde vers le bas" ; c'est bien un retour à la démocratie grecque (un recul de 2000 ans, donc) où l'on ne rémunère pas le travail, et où on muselle toute personne qui veut se démarquer...
    Cela me semble être un non-sens et une fois de plus une incitation à la décadence...
    Fort heureusement, cette chose n'est pas reproduite dans le monde... Pas encore...
    C'est juste mon avis.

    Posté par kakushiken, 08 juin 2016 à 22:57 | | Répondre
  • C'est magnifique, ces initiatives sont des pistes, rien n'est jamais parfait mais l'important est, il me semble, d'essayer de s'améliorer, de s'élever, ces hommes et ces femmes sont habités de l'énergie du courage. Merci Daniel, je ne connaissais pas l'existence de Marinaleda, je vais m'y intéresser de plus près. brigitte

    Posté par Plumes d Anges, 09 juin 2016 à 11:40 | | Répondre
    • Toute expérience nouvelle est intéressante. On peut en tirer des leçons pour l'avenir.

      Posté par DANIEL GENTY, 11 juin 2016 à 14:37 | | Répondre
  • merci de nous partager cette expérience humaine. Partout, certains essaient de construire un monde différent. Il faut du courage, de la foi, du travail, de la raison et de l'enthousiasme. Bon jeudi

    Posté par durgalola, 09 juin 2016 à 16:22 | | Répondre
    • A travers le monde des expériences de vie se font jours. Elles contiennent peut être les germes de notre futur.

      Posté par DANIEL GENTY, 11 juin 2016 à 14:38 | | Répondre
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