Les voies de l'âme

Ce blog a pour objet d'amener à réfléchir sur le sens de la vie, sur notre évolution personnelle. C'est donc l'expression d'un chemin de vie à la fois philosophique et spirituel.

27 juillet 2013

Se détacher de son ego(Anselm Grun)

 

anselm

Nous devons, en prenant de l'âge, nous défaire de notre ego — la tâche la plus ardue qui nous soit imposée. Les sages de toutes les religions nous disent la même chose : l'ego doit disparaître afin de laisser place à ce qui le dépasse. Ainsi Jésus demande-t-il à ses disciples de renier leur ego : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive » (Marc 8, 34).

En grec, « renier » signifie dire non, résister, prendre du recul. Il faut résister à la tendance égotiste à s'emparer de tout, à vouloir tout s'approprier. Se détacher de ses biens, de son pouvoir ou de sa santé revient toujours à se défaire de son ego. S'identifiant à ce qu'ils possèdent, d'aucuns n'atteignent jamais le tréfonds de leur être. Pour Carl Gustav Jung, il s'agit de quitter l'ego pour pénétrer le moi. Les biens, affirme-t-il, renforcent le masque qui dissimule l'ego. Celui-là est parfois si épais qu'il nous empêche de percevoir le moi tapi au fond de nous. Or qui ne parvient à devenir soi-même demeure immature.

Se déprendre de son ego afin de s'ouvrir à Dieu constitue un défi spirituel. Selon Jung, seul celui qui est disposé à accueillir en lui l'image de Dieu accède à son moi véritable. Ce qui, en termes religieux, signifie que ce n'est plus l'ego, mais Dieu qui doit régner en nous.

En proclamant le règne de Dieu, Jésus a annoncé la Bonne Nouvelle. C'est en acceptant l'empire de Dieu, en le laissant régner en nous que nous devenons nous-mêmes : Dieu nous délivre, nous sauve, nous guérit et nous aide à atteindre l'intégrité de notre être.

Tout au long de notre existence, nous pouvons nous exercer à nous détacher de notre ego : par la méditation, l'amour, la prière. Mais c'est seulement en prenant de l'âge que nous comprenons la douloureuse signification du détachement de soi. Impossible alors de nous dérober : en nous accrochant désespérément à notre ego, nous ne ferions que précipiter notre ruine. Partant, nous ne pouvons réussir notre vieillesse que si nous sommes disposés à nous défaire, en toutes circonstances, de notre ego.

Nous nous dégageons de celui-ci lorsque nous consentons du plus profond de notre cœur à ne plus être au centre de l'intérêt général, à ne plus être sollicités par autrui, à perdre notre pouvoir et notre influence. Libre à nous de réagir avec amertume aux petites mortifications quotidiennes ou de les considérer comme une exhortation à nous libérer de notre ego et à accepter de nous appauvrir. La pauvreté intérieure et extérieure cesse alors de nous tourmenter et se transmue en liberté de l'âme. Seul qui s'est dépouillé de son ego est véritablement libre et à même de laisser Dieu régner en lui. Accédant au salut et à l'intégrité de son être, il se confond avec l'image originelle et authentique que Dieu s'est faite de lui. La mystique évoque la mort de l'ego. Il ne s'agit pas tant de briser celui-ci que de nous détacher de nous-mêmes, ce que Jean Tauler décrit avec pertinence :

Dieu veut que l'homme soit pauvre. Quitte-toi ! Si l'on te prend ton bien ou ton ami, ta famille, ton trésor ou toute autre chose à laquelle est attaché ton cœur, c'est pour que, nu et pauvre, tu confies à Dieu le fond de ton âme. C'est là que Dieu te cherche : laisse-le te trou-ver ! (...) C'est pourquoi dis, lorsque sans crier gare la souffrance, visible ou invisible, fond sur toi : "Sois le bienvenu, mon cher, mon unique, mon fidèle ami ! Ce n'est pas ici que je t'avais soupçonné ni attendu".15

La vie brise notre ego ; elle dissipe les illusions dont nous nous sommes bercés. Et il est de notre devoir, en dépit des souffrances qu'elle nous inflige, de la laisser faire. Au lieu de nous lamenter lorsque nous perdons ce à quoi nous tenions, nous devrions y voir l’œuvre de Dieu et accueillir ce dernier comme notre ami, celui qui nous exhorte à renoncer à nous-mêmes. Angelus Silesius a exprimé par ces paroles de défi le processus douloureux du détachement de soi :

Toi qui représentes, sais et aimes de ce monde les choses, de ton fardeau tu n'es point délivré. 16

Tant que nous représentons quelque chose aux yeux du monde, que nous brillons grâce à nos connaissances, que nous possédons biens et richesses et que nous nous définissons par rapport aux autres, nous courons le danger de nous agripper à ces valeurs. Qui se dégage de son ego n'est contraint de perdre ni ses relations ni son savoir, mais il cesse d'en faire dépendre sa valeur d'être humain. S'abandonnant à Dieu, il devient un homme libre.

Extrait du livre : L’art de bien vieillir

 

 

A la charnière du spirituel et de la thérapie, Anselm Grün, prêtre et psychologue, met en musique dans ses livres un art du savoir-vivre en paix avec soi, les autres et Dieu. Moine bénédictin et écrivain allemand Anselm Grün évoque les mutations de l’Eglise catholique, le dialogue avec l’Islam et l’importance d’une mondialisation humaine.  L’abbaye de Münsterschwarzach où il exprime sa foi rayonnante est devenue, grâce à lui,  un lieu de pèlerinage spirituel, c’est surtout à lui qu’on le doit : au père Anselme Grün. Cet intellectuel timide, au visage mangé d’un bouc caractéristique est le créateur d’une œuvre spirituelle et philosophique originale où la psychologie tient une place importante .Ses œuvres ésotérico-pieuses comme Chacun cherche son ange ou Invitation à la sérénité du cœur figurent parmi les best-sellers du genre et ont été traduits en 28 langues. Le moine bénédictin compte ainsi parmi les plus importants auteurs contemporains de la littérature spirituelle internationale.

 

 

 

 

Posté par DANIEL GENTY à 07:00 - Bazar spirituel - Commentaires [15] - Permalien [#]
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Commentaires sur Se détacher de son ego(Anselm Grun)

  • on doit pouvoir y arriver même sans croire en dieu ou aux dieux comme c'est notre cas

    Posté par les cafards, 27 juillet 2013 à 12:34 | | Répondre
    • Oui on doit pouvoir y arriver sans Dieu, tout seul comme un grand. Mais quel boulot!

      Posté par Daniel, 27 juillet 2013 à 18:39 | | Répondre
  • Excellent texte, merci. J'ajouterai cependant que Jung pensait qu'il fallait garder suffisamment d'ego pour étayer la conscience et lui permette de ne pas se laisser submerger par certaines forces de l'inconscient le plus primitif. Amitiés philosophiques.

    Posté par Ariaga, 27 juillet 2013 à 15:50 | | Répondre
    • Tout est question d'équilibre. De l'égo...oui.....Mais point trop n'en faut.

      Posté par Daniel, 27 juillet 2013 à 18:41 | | Répondre
  • ne pas être égoîste oui mais il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds et il faut tout de même savoir penser un peu à soi, pas tjs tout donner

    Posté par flipperine13, 27 juillet 2013 à 17:57 | | Répondre
  • J'ai lu plusieurs livres d'A.Grun, il rayonne cet homme. Quant à penser à soi, j'aime donner ce que j'ai mis très longtemps à faire, ne se pencher que sur soi est stérile; nous sommes une chaîne d'individus.......J'ai formé une grande famille, certains l'envient, mais j'ai donné beaucoup pour bâtir cela; ceux qui n'ont pensé qu'à eux se retrouvent seuls un jour...Tant pis si j'ai l'air de faire la leçon ou de rester au ras des pâquerettes..............Bon dimanche ! Alégria!

    Posté par ANNE, 27 juillet 2013 à 21:59 | | Répondre
    • La famille est importante. Donner à ses enfants sans rien attendre en retour. Les écouter sans les juger. Tout cela permet de travailler sur son ego.

      Posté par Daniel, 29 juillet 2013 à 18:45 | | Répondre
  • c'est interessant, je pense qu'on ne peut pas vaincre l'ego mais le mettre à sa juste place....Bon dimanche

    Posté par witney, 28 juillet 2013 à 11:46 | | Répondre
    • Oui simplement le réfréner pour laisser de la place à l'écoute des autres, de la disponibilité et de l'ouverture.

      Posté par Daniel, 29 juillet 2013 à 18:49 | | Répondre
  • Décidément je trouve sur ce blog de fines résonances..
    Merci de citer A. Grun qui accompagne mes pas depuis plus de 10 ans et dont le livre " l'art de vivre en harmonie" demeure un support de méditation.

    Dans nombreux de ces propos il rejoint ces préceptes de Maître Eckart :
    " Regarde et là où tu te trouves, renonces toi"
    A méditer chaque jour ..

    Posté par Lise, 29 juillet 2013 à 07:55 | | Répondre
    • Anselm, un moine dans le vent....Un moine psychologue qui fait souffler un vent nouveau sur le catholicisme.

      Posté par Daniel, 29 juillet 2013 à 18:51 | | Répondre
  • C'est très beau et si vrai, j'aime beaucoup cet homme... Merci Daniel, belle journée à toi. brigitte

    Posté par Plumes d Anges, 30 juillet 2013 à 10:14 | | Répondre
  • Cet homme dit des choses intéressantes. Il n'est pas dans le moule dogmatique de l'église. J'aime ce genre de personnage.

    Posté par Daniel, 30 juillet 2013 à 18:33 | | Répondre
  • L'église a toujours voulu que l'homme se mortifie, souffre, soit pauvre, etc...
    le lacher-prise avec l'ego n'a rien à voir avec ce que nous possedons ou non.
    Je pense qu'il faut accepter consciemment la condition de vie que chacun a, et que la religion est un gros obstacle à la vraie progression spirituelle , car elle prescrit sans cesse et empêche le libre arbitre de chacun.
    Bref. Je n'ai jamais ni adhéré ni eu bedoin de ses béquilles.

    Posté par hélène Rivière, 26 mai 2015 à 13:14 | | Répondre
    • Je partage tout à fait votre avis. Religion et spiritualité sont deux choses différentes. L'église sclérose les gens dans leur croyance. Pas besoin de la religion pour avoir le contact avec le divin.

      Posté par DANIEL GENTY, 28 mai 2015 à 17:52 | | Répondre
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