La crise que nous vivons entraîne, certes, des difficultés pour plusieurs d’entre nous, mais elle contient aussi les ferments d’un nouvel élan où des initiatives originales se font jour. Depuis quelque temps je m’intéresse à tous ces mouvements nouveaux qui naissent un peu partout à travers le monde. Ils sont un peu le symbole de ce que devrait être la solidarité sur notre planète. Celui que je vous présente aujourd’hui s’appelle "Les incroyables comestibles".

De loin, on pourrait les prendre pour de très ordinaires bacs à fleurs municipaux. Sauf qu’à la place des géraniums et des chrysanthèmes poussent des fruits et légumes. Surtout, ces bacs sont ornés de panneaux : « Help yourself », « Food to share », « Nourriture à partager ». Les fruits et légumes qui y poussent sont gratuits, à la disposition des passants qui voudront bien les cueillir. Attention, vous risquez d’en croiser très rapidement dans les rues de votre ville.

COMESTIBLE1Le mouvement naît en 2008, dans la petite ville de Todmorden (Yorkshire) au Royaume-Uni, alors durement frappée par la crise économique. Une question germe dans la tête de Pam Warhurst, une femme d’affaires locale qui tente de monter des initiatives dans sa ville : pourquoi les habitants devraient-ils acheter des légumes importés, alors que beaucoup n’ont pas un radis et que de nombreux espaces urbains fertiles sont à l’abandon ? Pam Warhust commence alors à proposer à son entourage de planter des légumes partout où c’est possible à Todmorden.

Contagion par l’exemple

L’initiative prend rapidement dans la ville et des dizaines de bénévoles s’engagent. On trouve un nom au mouvement : « Incredible Edible », ou les « Incroyables comestibles ». La communauté de bénévoles plante du maïs à côté du commissariat, transforme le jardin de l’hôpital en verger, encourage les enfants à cultiver des légumes qu’ils mangeront à la cantine, installe des bacs à compost dans la ville... A Todmorden, on n’hésite pas à parler d’« autosuffisance alimentaire ». La belle histoire est racontée dans un mini-reportage, que nous diffusons ci-dessous :

Et elle ne s’arrête pas là. D’abord, le mouvement s’est diversifié. « Il devient de plus en plus énorme, décrivait Mike Perry, de la Plunkett Foundation, dans une interview au Guardian en mai dernier. On commence par s’attaquer à la nourriture, puis on s’approprie un magasin qui allait fermer. Ensuite, on se passionne pour internet ou pour les énergies renouvelables, on se réapproprie les infrastructures publiques. » Ensuite, le mouvement a essaimé vers d’autres villes. D’abord dans le comté de Yorkshire. Ensuite dans toute l’Angleterre. Puis dans le reste du monde, et beaucoup en France.

En France, l’initiative a été imitée en janvier dernier par un petit groupe de militants écologistes dont François Rouillay, proche du mouvement Colibri de Pierre Rabhi et qui anime aujourd’hui la communauté française d’Incredible Edible. « Nous avons d’abord essayé de contacter des institutions, des mairies, des maisons de retraite pour qu’elles s’associent au projet, mais ça n’a pas fonctionné. Il fallait que cela vienne d’en bas, que les citoyens montrent la voie, avant d’associer les institutions », se souvient l’alsacien. Ces militants ont tiré les leçons des premières expériences, et ont édité un guide en cinq étapes expliquant comment lancer un mouvement « Incredible Edible » dans une ville. Depuis, la mode s’est répandue très rapidement en  l’Alsace et dans toute la France.

comestiblesAujourd’hui, on compterait des membres dans une cinquantaine de villes et villages français (Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Nantes (Loire-Atlantique) mais aussi Saint-Jean de Valérisque (Gard), Colroy la Roche (Bas-Rhin) ou Fréland (Haut-Rhin)). François Rouillay assure recenser une nouvelle action par jour dans le pays. Preuve de cette vitalité, la page Facebook Incredible Edible France, qui relaie chaque jour des informations locales et les photos des bénévoles qui posent tout sourire devant le panneau de leur agglomération.

Peut-on rêver d’autosuffisance alimentaire, d’aliments à la fois locaux, gratuits et sans pesticides dans toutes ces villes ? Une petite visite à Todmorden montre que cet objectif est encore très loin d’être atteint. « C’est vrai que beaucoup de gens n’adhèrent pas au mouvement, et qu’on est loin de l’autosuffisance. Mais à Todmorden on a constaté une hausse de la consommation de produits locaux, les habitudes changent. Et surtout, les événements populaires, les moyens de partager des savoirs et des biens se multiplient sans cesse. C’est un beau début, une première expérience d’abondance partagée qui est en passe de se diffuser bien plus largement », assure François Rouillay. Et on a très envie de le croire.

Extraits figurants sur le site : http://www.terraeco.net

 

Au delà de l’action collective de partage des incroyables comestibles, les habitants des collectivités qui s’engagent dans le processus découvrent de nouvelles possibilités inédites jusqu’à ce jour. En effet, par le fait de participer à une dynamique de cocréation collective locale, les habitants se sont reconnectés les uns les autres dans de nouveaux rapports non plus basés sur la compétition qui sépare et divise, mais dans des coopérations plurielles à tous les niveaux où chaque porteur de compétence, quel qu’il soit, trouve à exercer son talent en réponse à des besoins clairement identifiés au sein de la communauté.