Lerab Ling

Décidément l’histoire de Sogyal Rinpoche me poursuit. Quand, en, 2007, j’ai diffusé sur le blog des Trois Mondes, un petit extrait de son livre « Le livre tibétain  de la vie et de la mort », je ne pensais pas susciter un tel d’intérêt concernant ce personnage, d’autant que j’en avais seulement, vaguement, entendu parler. Une avalanche de commentaires s’est alors abattue sur mon blog, commentaires dénonçant des pratiques très particulières pratiquées à Lerab Ling. Témoignages souvent poignants de personnes en détresse. Puis tout s’était calmé, pendant quatre ans, lorsqu’une journaliste a décidé d’aller faire un séminaire d’une semaine à Lerab ling afin de réaliser un reportage. Ce reportage a relancé la polémique et le blog des Trois mondes a été à nouveau le lieu de quelques témoignages. Voici le dernier particulièrement édifiant que je diffuse pour permettre à tous ceux qui s’engagent dans une voix spirituelle de se montrer très prudent et d’avoir beaucoup de discernement face aux soi-disant maîtres. La main mise sur les autres, les rites un peu particuliers pratiqués, l’aliénation, voir l’asservissement psychologique et moral doivent être dénoncés. C’est ce que je m’efforce de faire avec mon blog. Je pense souvent à tous ces disciples dont la vie se trouve bouleversée  parce que tout simplement ils n’ont plus la lucidité suffisante pour conserver leur libre arbitre.

 Témoignage de Luc : Dernier jour à Lerab Ling

« En arrivant je croise M. Lui et ses 2 amis ont attendu 1h, mais Le Maître n’est pas venu (pour la 1ère fois depuis le début d’une retraite commencée pour certains depuis 2 ans, SR recevait les retraitants, par groupe de 3 et en moyenne 6 minutes ; retraitant depuis 7 mois, j’étais spécialement monté de Lodève quelques jours plus tôt mais là aussi cela avait été annulé, sans explication, au dernier moment).
On a affiché des nouvelles du jeune A., qui a quitté Lerab Ling pour « anemia and exhaustion ». A. finançait sa retraite par un « work study » qui le voyait travailler 6 heures par jour et 6 jours par semaine, en plus de toutes les activités spirituelles (ces work studies sont généralement non déclarés et payés bien en dessous du SMIC). On lit qu’il est sorti de l’hôpital et rentré dans sa famille depuis 2 semaines, mais passe ses journées couché et ne parle pas. Ils habitent près de chez moi. Je compte aller le voir à la fin de cette retraite.
Je vois P. et lui demande des nouvelles de son copain, un des plus fidèles serviteurs du Maître et victime d’un AVC quelques semaines plus tôt. « SR a-t-il été le voir ? » « Non, je ne crois pas ». Bonjour la compassion…

Comme tout jour ordinaire on fait 3h de sadhanas, dont Sollo Chenmo. On n’accumule plus les 2 prières pour retrouver le kutsap, cet objet rituel perdu par SR le mois dernier dans le TGV, bien que ce kutsap n’ait pas été retrouvé. A la fin, on nous annonce que SR va passer un court moment et arriver incessamment, donc qu’il ne faut pas sortir du temple. Ce n’était pas prévu au programme, mais bien sûr on obéit
SR arrive à 13h30 et part… à 17h45 ! Evidemment on ne mange pas avant cette heure et tant pis pour ceux qui ont envie de se rendre aux toilettes : certains n’y pouvant plus oseront s’éclipser à un moment ou un autre en essayant de ne pas se faire repérer par Le Maître.
L’enseignement de SR est globalement incohérent. Cela donne l’impression qu’absent depuis 5 jours il a voulu montrer qu’il était bien là. Cela parle beaucoup de ses prochains voyages à Barcelone puis en Australie. Les retraitants, privés de cinéma et télévision depuis 2 ans, apprennent aussi qu’il a regardé hier soir le film « W ». Il râle et fait chercher certains collaborateurs ou retraitants absents. Il dit de nombreuses fois que ceux qui sont absents des enseignements et des pratiques ne seront pas sélectionnés pour l’année prochaine.
Il s’en prend particulièrement à F. et à J. Les deux doivent faire une confession publique et expliquer pourquoi ils n’étaient pas là, faire une série de prosternations devant lui et s’asseoir directement sur le parquet. SR dit que c’est un manque de respect pour le maître que d’être absent à ses enseignements.

J. a le malheur d’argumenter et de tenter d’expliquer pourquoi il n’aime guère les sadhanas et le vajrayana. Il s’appuie sur Thich Nhat Han, mais SR élude en disant que c’est un maître qui n’enseigne que des généralités ; il avait pourtant l’intention de l’inviter à Lerab Ling. SR humilie J. avec des questions de type « mais qui es-tu pour juger ? » ou « qu’est-ce que tu connais du bouddhisme tibétain ? ». Il le fait s’approcher, lui agrippe les cheveux et lui secoue violemment la tête, puis il le frappe à la tête à plusieurs reprises avec son gratte-dos, si fort qu’on entend le bruit jusqu’au milieu du temple. Il le gifle fortement 3 ou 4 fois, puis lui fait le coup de l’introduire à la nature d’esprit en poussant un cri. Il déforme son prénom en « Yack », ce qui fait beaucoup rire l’assemblée. A la fin il l’embrasse pour montrer qu’il a de la compassion. Si tout cela était filmé ce serait le clou d’un reportage sur les sectes. J’ai les larmes aux yeux
SR « enseigne » qu’il ne faut pas rester dans la logique et le rationnel, que l’important c’est la foi, qu’il y a de la magie dans ses enseignements.
Le cauchemar continue : 5 ou 6 fanatiques, surtout des femmes, interviennent pour remercier Le Maître, lui demander de continuer à enseigner, dire que c’est un immense lama. Il fait même dire à l’une qu’elle est une idiote, ce qu’elle reconnaît sans hésiter.
On mange à 18h le déjeuner, bien sûr refroidi. Il fait nuit. Il pleut fort, ce n’est pas loin d’être de la neige. Je vois S. à l’entrée du « barn », avec son gamin de 7 ans qui l’attendait. La fille de M., une ado, attendait aussi sa mère depuis 13h30 ; elle est livide de froid, n’ayant pas osé aller boire un thé car, n’étant pas elle-même retraitante, elle n’a pas le droit de s’approcher des distributeurs situés près du temple. Je reconduis S. et son fils à Lodève sous des trombes d’eau, très prudemment car au moins 2 voitures de retraitants ont déjà fini dans le ravin depuis cet été. S. est sous le charme de SR et trouve que tout ce qu’il fait est très bien. Moi j’ai réalisé qu’il est fou, qu’il n’y a pas de sagesse dans sa folle sagesse.
Rentré dans ma petite location, je déchire sa photo et téléphone à ma famille pour annoncer un retour imminent.
C’était il y a 3 ans, jour pour jour.
Malgré tout, recontacté par des adeptes, je suis revenu à rigpa après quelques semaines et ai même tenté, sans succès, d’avoir un entretien personnel avec SR. Heureusement j’ai rencontré 6 mois plus tard un lama qui a toutes les qualités d’un maître authentique. Ce fut une aide précieuse pour tourner définitivement la page.
J’ai stagné sur le chemin pendant mes années SR. Je l’ai beaucoup payé au sens propre, et bien plus encore sur les plans familial et affectif. Mais c’est peu comparé à ces jeunes femmes subjuguées, à ceux qui ont détruit leur vie professionnelle et familiale, à ceux qui se sont suicidés comme D. ou comme N., à ceux qui sont rentrés chez eux gravement déstabilisés comme A. ou comme S. Mon seul regret est de n’avoir pas su ouvrir les yeux à certains amis rigpaïens qui sont restés très présents dans mon cœur, même si presque tous m’ont tourné le dos. »