ciel

 

Mon père est décédé en mai 2003. Il était atteint d’un cancer du poumon et l’avait caché le plus longtemps possible à ma mère. Pendant les derniers temps de son existence, il ne s’est jamais plaint bien qu’il souffrît physiquement et moralement. Il a fait preuve d’un grand courage. Une scène reste particulièrement gravée dans ma mémoire. Celle où je l’ai quitté un soir. Il était recroquevillé dans son lit, ses mains décharnées sur la poitrine. On aurait dit un petit enfant sans défense. Le lendemain l’hôpital m’appelait pour m’informer que mon père s’était éteint au petit matin.

Durant mon enfance j’ai eu peu de contacts avec lui et ne me souviens pas d’avoir pu jouer ensemble. Sans doute ma mère m’accaparait-elle trop. J’étais fils unique et il n’avait pas su trouver sa place à côté de moi. J’en ai souffert et un fossé d’incompréhension s’est creusé entre nous au fur et à mesure que je grandissais. Il n’était pas très facile à vivre, il était même  rigide. C’était un militaire entré très tôt dans l’armée. Forcément cela vous marque un homme. Il ne transigeait pas sur la discipline. Mes chaussures devaient être cirées tous les jours, je devais avoir les cheveux coupés courts et me tenir bien à table. Il prenait son couteau et me donnait un coup sec sur la main pour me signifier que je devais mettre mes mains sur la table. Tout cela m’a pesé lourdement et marqué à jamais.

Aujourd’hui je regrette de n’avoir pas pu exprimer ce que j’aurais aimé lui dire. J’aurais souhaité comprendre son comportement lors d’une explication que je n’ai jamais eue.

Je suis devenu père, moi aussi et j’ai compris qu’être parent était certainement la fonction la plus délicate à réaliser. Les liens parents-enfants sont des liens intenses et fragiles qui nous amènent souvent à projeter nos propres difficultés et nos propres systèmes de valeurs sur notre progéniture sans leur laisser une part de liberté et de discrimination. La sagesse serait de les écouter et de savoir les considérer comme des adultes le moment venu.

 

Daniel