Les voies de l'âme

Ce blog a pour objet d'amener à réfléchir sur le sens de la vie, sur notre évolution personnelle. C'est donc l'expression d'un chemin de vie à la fois philosophique et spirituel.

28 février 2011

Il est parti dans le ciel

ciel

 

Mon père est décédé en mai 2003. Il était atteint d’un cancer du poumon et l’avait caché le plus longtemps possible à ma mère. Pendant les derniers temps de son existence, il ne s’est jamais plaint bien qu’il souffrît physiquement et moralement. Il a fait preuve d’un grand courage. Une scène reste particulièrement gravée dans ma mémoire. Celle où je l’ai quitté un soir. Il était recroquevillé dans son lit, ses mains décharnées sur la poitrine. On aurait dit un petit enfant sans défense. Le lendemain l’hôpital m’appelait pour m’informer que mon père s’était éteint au petit matin.

Durant mon enfance j’ai eu peu de contacts avec lui et ne me souviens pas d’avoir pu jouer ensemble. Sans doute ma mère m’accaparait-elle trop. J’étais fils unique et il n’avait pas su trouver sa place à côté de moi. J’en ai souffert et un fossé d’incompréhension s’est creusé entre nous au fur et à mesure que je grandissais. Il n’était pas très facile à vivre, il était même  rigide. C’était un militaire entré très tôt dans l’armée. Forcément cela vous marque un homme. Il ne transigeait pas sur la discipline. Mes chaussures devaient être cirées tous les jours, je devais avoir les cheveux coupés courts et me tenir bien à table. Il prenait son couteau et me donnait un coup sec sur la main pour me signifier que je devais mettre mes mains sur la table. Tout cela m’a pesé lourdement et marqué à jamais.

Aujourd’hui je regrette de n’avoir pas pu exprimer ce que j’aurais aimé lui dire. J’aurais souhaité comprendre son comportement lors d’une explication que je n’ai jamais eue.

Je suis devenu père, moi aussi et j’ai compris qu’être parent était certainement la fonction la plus délicate à réaliser. Les liens parents-enfants sont des liens intenses et fragiles qui nous amènent souvent à projeter nos propres difficultés et nos propres systèmes de valeurs sur notre progéniture sans leur laisser une part de liberté et de discrimination. La sagesse serait de les écouter et de savoir les considérer comme des adultes le moment venu.

 

Daniel

Posté par DANIEL GENTY à 07:01 - Expériences de vie - Commentaires [30] - Permalien [#]
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Commentaires sur Il est parti dans le ciel

  • tous égaux

    N'oublions pas que père et mère terrestres sont une illusion, une sorte de contrat provisoire pour les besoins de la procréation .
    Dans l'Etre Essentiel et donc dans l'au-delà nous sommes tous des Ames frères et soeurs, étincelles divines .

    Posté par marie christine, 28 février 2011 à 10:07 | | Répondre
  • Une âme dans le monde des incarnés...

    Voici donc notre petite âme, encore empreinte de ses incarnations antérieures, qui revient faire un tour. Et ce petit corps, qui vient de quitter
    l'Amour dont il s'est nourrit, est en quête d'amour pour grandir. Grandir ! Sans amour pouvons-nous Grandir et faire quelques pas de plus vers l'Amour ? J'ai eu ce rare privilège de recevoir beaucoup d'amour dès mon enfance, à travers plusieurs "mamans", "papa" et autres "marraines". Et - souvenez-vous de mon conte de Noël - j'en ai même reçu de mes "ennemis".

    Dès mon enfance je ressentais - du fond de mon âme sans doute - de rendre au centuple tout cet amour reçu. Mais, Dieu ! que cette route est laborieuse, que d'erreurs, d'égarements, que d'amour si souvent mais si mal donné !

    Eve Lyne nous a rappelé, il n'y a guère, une citation de l'Abbé Pierre « La vie, c'est un peu de temps donné à des libertés pour - si tu veux - apprendre à aimer. ».

    Mais il est une autre de ses citations que j'ai fait mienne : « Le manque que je ressens c'est de n'être que moi ».

    José.

    Posté par José, 28 février 2011 à 11:55 | | Répondre
  • José

    Tendresse à vous ...

    Posté par marie christine, 28 février 2011 à 12:55 | | Répondre
  • A cause des erreurs ?

    Quel beau témoignage Daniel !
    Mais ces erreurs de nos parents, ces maladresses que nous vivons chaque jour, ne sont-elles pas des outils qui sculptent notre coeur ?
    Ces faux-pas éveillent ainsi notre conscience.
    Ils affinent notre sensibilité.
    Et font naître l'idée de compassion.
    Parfois celui qui a beaucoup souffert devient un grand artiste, ou un artisan de paix ...

    Posté par PLV, 28 février 2011 à 13:28 | | Répondre
  • Amour

    Cher José
    Je me pose beaucoup de questions à propos de l'amour: qu'est ce que l'amour, sais je vraiment aimer? Est-ce que je ne suis pas dans l'illusion? C'est d'ailleurs un mot que j'ai souvent du mal à prononcer. Ah...là...là...là

    Posté par Daniel, 28 février 2011 à 17:28 | | Répondre
  • Apprendre à aimer

    Quelle alchimie ! Cher José.
    Eh bien, Daniel...
    Sur votre blog, nous ne parlons que d'amour...
    Voyons, voyons...
    Faites un petit effort !
    Un artisan de la paix, dites-vous, cher PLV...
    "ça oeuvre!"
    Peut-être que "ça" n'a pas le temps de parler d'amour.

    Posté par Eve Lyne, 28 février 2011 à 20:12 | | Répondre
  • Touchant

    Parce que je te visualise enfant unique, seul donc, dans cette chambre où toute la vie intime se passe, avec ses secrets, ses peurs, ses habitudes, ses repères.
    Une mère très présente et un père rigide et absent, qui apparemment n'a pas pris le temps de jouer avec son môme.
    Ouais, c'est pas évident tout ça. Cela manque singulièrement d'affection tout de même.

    Je pense que c'est important de donner de l'amour, des rires et de la joie à ses enfants. Jouer avec eux, les écouter, les laisser libres sans jamais leur imposer les choses, les aimer avec les caresses, les baisers, la tendresse et mille douceurs de chaque instant de vie.

    Il est aussi vrai aussi que trop d'amour tue l'amour.
    Mais à choisir...

    Posté par Alain Thomas, 28 février 2011 à 21:03 | | Répondre
  • Parents

    Daniel votre père même si il ne vous l'a pas montré vous aimait.

    Les anciennes générations de parents transmettaient l'éducation qu'ils avaient reçus car correspondant à une certaine "éthique".

    Cela ne voulait pas dire qu'ils n'"aimaient" pas leurs enfants au contraire pour eux ils étaient important de transmettre des valeurs qu'ils estimaient justes.

    Un sacrifice d'amour pour perpétuer la paix... Transmettre ce message orbi et urbi ...

    Posté par Sarah, 28 février 2011 à 21:57 | | Répondre
  • L' Abbé Pierre

    Ce matin, je fais mienne cette citation:

    "C'est tellement complexe un homme et, jusqu'au dernier instant, tellement inachevé!"

    Posté par Eve Lyne, 01 mars 2011 à 04:19 | | Répondre
  • en phase

    Mêmes pensées, ce matin, Eve Lyne .

    Regardons les tout petits enfants ...
    L'amour n'est-il pas :
    paix, joie, douceur, don de soi, pureté, communion, confiance absolue, certitude, énergie créatrice, émerveillement, gratitude d'être ?
    Un seul ingrédient vous manque et tout est dépeuplé ... Il y a souffrance .
    La souffrance est frustration d'un amour incomplet .
    Notre quête, depuis la chute originelle, n'a cessé de poursuivre cet Amour divin si cruellement perdu .
    Amour idéal, Amour parfait ...
    En attendant, essayons de cultiver les terrains en friche .
    Quand on sera dans l'Unité retrouvée, on le saura !

    Posté par marie christine, 01 mars 2011 à 07:54 | | Répondre
  • Amour et amour

    @ Marie-Christine : je sens votre main se poser tendrement sur ma tête d'enfant... quel bonheur ! Pour vous aussi, car, aujourd'hui, je n'ai plus que trois poils sur le caillou ! Merci !

    @ Daniel : une collègue athée avec laquelle je déjeunais il y a plus de 25 ans me demanda à brûle-pourpoint :
    - qui est Dieu pour toi José ?
    Je lui répondis du tac au tac :
    - de l'Amour, avec un grand A.
    Précision pointilleuse car sur le pare-brise arrière de sa voiture un auto-collant a subsisté pendant bien des années : "Faites l'amour, pas la guerre !".

    @ Eve Lyne : un artisan de Paix, comme un soldat de l'ONU, sait-il s'il est plein d'amour ou plein d'Amour ? Est-il le bras de Jésus pour que "nous nous aimions les uns les autres" ? Pour en avoir côtoyé quelques-uns, je suis convaincu que c'est un job qui me plaîrait... si j'avais vingt ans !

    @ tous :

    Y en a qui ont le coeur si large
    Qu'on y entre sans frapper
    Y en a qui ont le coeur si large
    Qu'on n'en voit que la moitié
    Y en a qui ont le coeur si frêle
    Qu'on le briserait du doigt
    Y en a qui ont le coeur trop frêle
    Pour vivre comme toi et moi
    Z'ont plein de fleurs dans les yeux
    Les yeux à fleur de peur
    De peur de manquer l'heure
    Qui conduit à Paris

    Y en a qui ont le coeur si tendre
    Qu'y reposent les mésanges
    Y en a qui ont le coeur trop tendre
    Moitié homme et moitié ange
    Y en a qui ont le coeur si vaste
    Qu'ils sont toujours en voyage
    Y en a qui ont le coeur trop vaste
    Pour se priver de mirages
    Z'ont plein de fleurs dans les yeux
    Les yeux à fleur de peur
    De peur de manquer l'heure
    Qui conduit à Paris

    Y en a qui ont le coeur dehors
    Et ne peuvent que l'offrir
    Le coeur tellement dehors
    Qu'ils sont tous à s'en servir
    Celui-là a le coeur dehors
    Et si frêle et si tendre
    Que maudits soient les arbres morts
    Qui ne pourraient point l'entendre
    A plein de fleurs dans les yeux
    Les yeux à fleur de peur
    De peur de manquer l'heure
    Qui conduit à Paris.

    Jacques Brel - LES COEURS TENDRES - 1967

    José.

    Posté par José, 01 mars 2011 à 17:42 | | Répondre
  • haut les coeurs !

    Belle chanson d'un coeur sensible comme celui de Brel! Je ne la connaissais pas (à moins que je n'entende la musique ...)
    Je suppose que la paix dans le monde passe d'abord par la paix individuelle dans les esprits .
    Mais bien sûr, ce n'est pas une raison pour ne pas porter ONU les hommes qui se dévouent l'arme à la main ! (sacré travail sur soi, mine de rien) .
    Et voyons l'exemple admirable de ces émeutiers arabes emplis de courage, d'idéal, de fraternité, de sens de la liberté, de notion de la grandeur de leur histoire .
    Pas de chance pour ceux qui voulaient brandir le spectre du fanatisme !
    Un jour, nous risquons de leur demander comment ils ont fait .

    Posté par marie christine, 01 mars 2011 à 18:19 | | Répondre
  • C'est parti !

    Et oui Marie, c'est jamais ceux qu'on attend qui remettent les pendules à l'heure.
    Quel merveille dis-moi !
    La jeunesse mondiale est en route. Et les anciens sont derrière.
    Et la Terre Mère sera sauvée.
    Eh eh !
    On y va ?!?!

    Posté par Alain Thomas, 01 mars 2011 à 21:53 | | Répondre
  • Hummm

    On y va, Où ???!!!

    C'est bien ce que je pensais:
    Y'a vraiment que des félés sur ce blog !!!

    La preuve... J'Y SUIS.

    Posté par Eve Lyne, 02 mars 2011 à 04:40 | | Répondre
  • quelque part ...

    L'autre jour, j'ai lu cette phrase magnifique :
    "Heureux soient les fêlés car la fêlure laisse passer la lumière ."
    Alors Eve Lyne, tu le sais bien, le propre des fêlés c'est de ne pas savoir où ils vont mais ils y vont ! Sans doute parce qu'il y a une lumière qui éclaire leur chemin, le chemin de l'inconnu . A quoi ça servirait de marcher sur le chemin du connu ? Ce qu'on connaît, on le connaît trop bien et on n'en veut plus !
    Ben oui on y va, Alain ! On va où on ne sait pas, comme ces hommes courageux du continent voisin qui nous montrent comment on peut oser . Ils ne savent pas non plus où leur révolte les conduit mais ils possèdent mieux que ça : la certitude intérieure qu'ils ont raison d'y aller . Ca vaut toutes les richesses !

    Posté par marie christine, 02 mars 2011 à 07:56 | | Répondre
  • Jacques Brel

    Quel artiste, José. Il n'a écrit que de belles chansons. Je suis admiratif devant la beauté et l'originalité du texte. Il est parti, lui aussi.

    Posté par Daniel, 02 mars 2011 à 11:24 | | Répondre
  • Marie... on y va tous ?

    Bien dit Marie.
    Et si c'est ça être fêlé, alors j'en suis... bien sûr. Et toi aussi pardi.
    Alors on y va !
    Et je vais te dire mieux.
    Je suis sûr que Jacques BREL est fêlé et qu'il est quelque part par là et qu'il y va aussi.
    Alors on y va avec lui.
    Et comme José semble aimer le grand Jacques et Daniel aussi... mais qui ne peut pas aimer le grand Jacques, parce que la générosité là, elle s'étale comme le manteau le plus doux et le plus épais qui soit, alors on y va tous hein ?

    Posté par Alain Thomas, 02 mars 2011 à 12:10 | | Répondre
  • en avant !

    Quelle bande de fêlés qui marchent d'un pas ferme et décidé vers quelque part !
    Y a le grand Jacques qui nous regarde d'un air incrédule : il n'aurait jamais cru qu'un jour des hommes finiraient par le comprendre ; et le père de Daniel d'un oeil admiratif : il n'aurait jamais cru que son fils irait plus loin par son action spirituelle que toute une armée par ses combats militaires !

    Posté par marie christine, 02 mars 2011 à 13:16 | | Répondre
  • En Avant Tous !

    Encore bien dit Marie !
    Dis ! Tu veux pas être le chef de nos armées ? Imagine !
    Marie, Générale des Armées Spirituelles au Combat des Gardiens de la Sagesse, brandissant l'Epée Flamboyante, à la lame aussi tranchante que l'Amour et aussi fine que la Lumière, transperçant les coeurs d'airain à coups d'intrépidité généreuse et de bienveillance clairvoyante.
    Quel combat inégal devant tant d'ardeur à aimer !
    Vive Marie, notre chef à tous, nous les guerriers spirituels, notoirement connus comme "les Mutants de l'Espoir", valeureux, vaillants et aux coeurs purs.
    Que la Lumière SOIT !

    Posté par Alain Thomas, 02 mars 2011 à 15:33 | | Répondre
  • départ

    Voir mourir son père, sa mère, C'est toujours un déchirement, même quand les relations n'étaient pas faciles.
    Issue d'une famille nombreuse, j'ai vu partir mes parents, l'un après l'autre de la même terrible maladie D'Alzheimer.S'entendre appeler "madame" par sa mère, il n'y a rien de plus terrible si ce n'est de la voir souffrir dans ses moments de lucidité.
    Et puis, cette lente dégradation, si difficile à accepter, le regard désorienté ou fuyant des frères et soeurs qui voudraient "ne pas voir ça"; les enfants qui refusent d'aller voir leurs grands parents qui ne les reconnaissent pas et vous reprochent d'y aller "pour ce que ça sert!"
    Et vous, qui, le jour fatal, arrivez trop tard, quand la mort est déjà venue ...
    Et là, vous vous dites, même si vous leur en avez voulu de préférer votre soeur, ou de n'avoir pas su vous aider à tel moment, que quand même, c'étaient papa, c'était maman, et maintenant, c'est fini, vous n'êtes plus des enfants.

    Et que, bientôt, ce sera votre tour...
    Depuis, je m'efforce de ne pas oublier de dire à chacun de mes enfants que je l'aime, pas tous les jours, bien sûr, mais de temps en temps, pour qu'ils ne l'oublient pas.

    l'amour, je crois que c'est comme les petites fleurs, ça se plante, et ça pousse tout seul, à condition de penser à les arroser de temps en temps.

    Posté par Myrrha, 08 mars 2011 à 00:29 | | Répondre
  • Le cerceuil en carton

    Ils sont légions ceux qui abandonnent leurs parents, comme vous le dites si bien Myrrha,"pour ne pas voir ça".
    J'ai beaucoup de difficulté à les plaindre, ces êtres là.
    Etre présents jusqu'au bout du chemin auprès de ses parents me semble être le devoir suprême de chacun,quelque soit l'histoire qui les relient.
    Etant l'ainée d'une famille nombreuse, hélas, le constat bien réel qui m'afflige:
    Aujourd'hui, comme Daniel, je suis l'enfant unique auprès de ma chère maman.
    Nous parlons de tout, ensemble.
    Et comme elle a encore toute sa tête, nous rions de tout, aussi.
    Depuis longtemps, elle sait, je lui raconte tout, j'ai tant accompagné de moribonds, passé du temps dans ces chambres mortuaires...
    On ne s'habitue pourtant jamais.
    Ma mère dit souvent que je ferais un bon "croque morts"...

    Nous parlons de ce fameux cercueil en carton dont l'avenir semble bien incertain, pourtant écologique, mais voilà, la mort représente un bizness bien juteux, et dans certains endroits, ce cerceuil n'est pas autorisé.

    Et puis, les orgueilleux demeurent soucieux d'une pierre tombale à leur image.

    Bon, aller...
    On commence pas la journée à déblatérer sur son prochain.

    Courage et respect à tous ceux qui prennent bien soins de leurs parents, même s'ils ne les reconnaissent pas.

    Et vive le cerceuil en carton !
    Un peu de pub au passage:
    Voir le blog: 27 Février 2010

    Merci, Myrrha.

    Posté par Eve Lyne, 08 mars 2011 à 05:26 | | Répondre
  • Myrrha

    "L’amour, je crois que c'est comme les petites fleurs, ça se plante, et ça pousse tout seul, à condition de penser à les arroser de temps en temps."
    Très jolie phrase Myrrha.

    Je ne blâme personne mais il est vrai que dans la famille j'ai une propension à accompagner "mes morts". J'ai besoin de les voir, d'être près d'eux.
    Après les morts de mes grands'pères où j'étais trop jeune, je me souviens de mon premier vrai mort, mon chien, un épagneul breton d'une gentillesse rare.
    J'avais diagnostiqué sa mort, un retour de chasse où il avait du trop forcer. J'ai mis la main sur son coeur et j'ai hurlé. Je me suis tourné vers mon père et l'ai engueulé. J'avais déjà horreur des chasseurs alors vous pensez bien que là, c'était insupportable.
    Quinze jours après, un matin très tôt, sans nous le dire, ma mère l'a fait euthanasier et enterrer dans notre maison de campagne à 60 kms. Quand je l'ai appris, j'ai de nouveau hurlé. J'ai pris ma voiture, une 2 chevaux à l'époque et je suis allé déterrer mon chien. J'avais besoin de le voir. Cela m'a apaisé.

    Pour mon père, en 2003, combien de fois suis-je allé le chercher à l'hôpital pour le ramener à la maison. Il devenait sénile mais pas suffisamment à mon sens pour qu'on l'enferme dans un asile. Je n'étais pas d'accord ni avec ma mère ni avec mes frères. J'allais le chercher et, sans passer par la case départ, on se faisait la malle et je le faisais rire. Il était heureux comme un enfant de faire le mur. Je le ramenais à la maison. Cela ne plaisait pas aux autres mais j'en n'avais rien à foutre.
    Jusqu'au jour où je l'ai rapatrié près de chez moi, dans une maison de retraite. Je venais le voir tous les matins avant d'aller au travail. Ce n'est pas qu'il était en mauvaise santé mais il avait peur. Il voulait que sa femme le rejoigne. On allait fêter leurs 60 ans de mariage. Alors je le tenais en haleine en lui disant qu'elle allait bientôt venir dans une chambre, près de lui. Cela le rassurait mais pas vraiment.
    Deux jours avant sa mort, j'ai réussi à réunir tout le monde un dimanche. Il faisait beau, c'était un jour de mars. Mon père, devant nous, a fait une magnifique déclaration d'amour à sa femme. Ils avaient tous les deux de très beaux yeux bleus. Il la regarda et par trois fois lui dit "je t'aime", les yeux brillants d'un enfant au coeur pur. Ma mère était gênée et semblait insensible (après 60 ans de discordes). Tout le personnel de la maison de retraite était impressionnée par la qualité de l'amour qui se dégageait de mon père.
    J'ai du encore lui promettre, ce jour-là, que ma mère allait venir le rejoindre. Au soir, il était inquiet quand elle repartit. Je restai un moment avec lui pour le rassurer.
    Deux jours après comme par hasard, je ne pus venir comme d'habitude avant d'aller au boulot. C'est le moment qu'il choisit pour partir, comme un roi, à la fin de son petit déjeuner, juste après avoir avalé une biscotte. Il voulut se lever et resta assis, mort. Les infirmières n'avaient jamais vu ça. Je ne remercierai jamais assez ses anges qui l'ont aidé à partir comme un roi, sans doute parce qu'il le méritait. C'était un homme si simple et si bon.
    Je l'ai veillé pendant deux jours pleins, lui demandant sans cesse de ne pas rester là et de se tourner vers la lumière.

    Pour ma mère, ils voulaient tous la mettre dans une maison de retraite, depuis qu'elle était atteinte d'une dégénrescence maculaire qui la rendait aveugle, ou presque.
    Comme elle ne voulait pas, je demandai à ma femme si elle était d'accord pour qu'on la prenne.
    Comme elle ne voulait pas, je quittai femme et fille pour m'installer dans un petit appartement avec ma mère. Elle était heureuse comme une enfant. Un peu trop sans doute parce qu'elle voulait que je ne la quitte pratiquement jamais et il fallait bien que je travaille.
    Je rapatriai femme et fille dans un appartement voisin et je m'occupai de tout le monde.
    Comme elle était très possessive, je ne pouvais plus guère sortir. Même le soir, je devais regarder la télé près d'elle pour ne pas la laisser seule. C'est à cette époque que je bus un peu trop de whisky. Cela ne lui plaisait pas bien sûr. Avec ma mère, il fallait être irréprochable.
    Quand je lui annonçai que je partais en vacances avec femme et fille en Espagne pendant quinze jours, elle me dit :
    "Tu ne vas pas me laisser seule ?"
    Je lui répondis que mes frères allaient venir me remplacer. Elle ne voulut rien entendre et je dus lui prendre une chambre spéciale dans la maison de retraite du village, pour l'occasion. C'était sa volonté alors qu'elle bénéficiait d'une aide à domicile, disposée à venir dormir la nuit pendant mes vacances. Que voulez-vous, quand on a été gâtée toute sa vie, qu'on n'a pas eu besoin de travailler, qu'on a été courtisée par tous les hommes tellement on était belle, on a du mal à accepter certaines choses en vieillissant.
    Elle a été une femme remarquable de l'amour qu'elle nous a donné et de son autorité bienveillante. C'était un ange. Seulement voilà, quand vous vous dégradez par la force de l'âge, l'ange est déchu.
    La veille de mon départ en vacances, elle me fit un petit malaise de rien du tout. Je la ramenai à sa chambre qu'elle avait déjà prise et la laissai, lui disant que j'allais préparer ma valise. Je revins avec des petit gâteaux. Elle n'avait pas changé de place. Allongée sur son lit, sur le dos, elle avait les yeux fermés et les mains jointes. Le soir, je lui téléphonai mais cela sonnait occupé. Je devais me coucher tôt puisqu'on partait le lendemain vers 5 heures.
    Je ne m'inquiétai pas outre mesure et retéléphonai. Cela sonnait toujours occupé. Elle devait bavarder avec mon frère, ils adoraient ça tous les deux.
    Quand nous partîmes vers 5 heures, je me dis que je l'appellerai vers midi.
    C'est mon frère qui m'appela, on était déjà en Espagne. Il m'annonça que maman était décédée. J'hurlai et me gara un instant sur la bande d'urgence, défait.
    Je rappelai mon frère qui m'expliqua que l'aide soignante, le matin, trouva maman allongée sur son lit, bien vivante mais bizarre. Elle appela mon frère qui était chargé de prendre le relais. Il lui demanda de faire venir le médecin, ce qu'elle fit. Celui-ci arriva assez vite. Comme ma mère n'avait aucune maladie particulière, en l'examinant, il diagnostiqua un malaise vagual, sans conséquence apparente. Le médecin repartit et ma mère se rallongea dans la même position. Quand l'aide soignante vint la chercher à midi pour le déjeuner, elle était morte.
    Je déposai femme et fille à destination. Je pris un avion le lendemain à Valence et rentrai à temps pour voir maman dans son cercueil. Je discutai un grand moment avec elle sans plus pour ne pas la troubler. J'insistai pour qu'elle ne reste pas là et qu'elle se tourne vers la lumière.
    C'est important avec nos morts de ne pas être triste, de ne pas les juger, de leur dire qu'ils s'en aillent et qu'ils se tournent vers la lumière.
    Je fus tout de même choqué. Je le suis encore, là, quand j'écris, le malaise me prend mais c'est ainsi.

    Je suis d'accord avec Eve Lyne mais je ne juge pas.
    Tout de même, en 1990, pour ma grand'mère paternelle, ils avaient tous laissé tomber. Elle était devenu un légume après deux AVC et croupissait dans un lit d'hôpital, complétement fermée. Elle avait surtout appris que le fils avec qui elle vivait depuis toujours venait de mourir, lui aussi d'un AVC.
    Alors, je venais tous les jours m'asseoir à côté d'elle et de temps en temps, ma femme venait aussi. Elle devait nous en vouloir puisqu'elle refusait que je lui prenne la main.
    Jusqu'au jour où elle prit des esquarres sur la langue. Comme elle était branchée en permanence, à l'époque on faisait vraiment de l'acharnement thérapeutique. Je me révoltai.
    Je rencontrai la médecin chef. Elle me reçut dans un petit coin en m'écoutant. Je me souviens, elle baissait la tête sans dire un mot. Je compris plus tard que c'était une femme exceptionnelle.
    Le lendemain matin, très tôt, je reçus un coup de fil de l'hôpital. Mamynette était morte.
    Quand j'arrivai, elle était resplendissante. Ils lui avaient préparé un voyage en première classe. En la voyant, je me tournai aussitôt vers le plafond et lui demandai de ne pas rester là.

    Pardon pour la longueur mais cela fait du bien.

    Posté par Alain Thomas, 08 mars 2011 à 09:39 | | Répondre
  • A Alain

    Quel beau texte. Je voudrais le passer sur le blog. J'ai une faveur à te demander mais comprendrais fort bien que tu refuses; aurais tu des photos de tes parents qui pourraient accompagner ce que tu as écrit?

    Posté par Daniel, 08 mars 2011 à 09:50 | | Répondre
  • Mon cher Daniel

    Oui mais pour la qualité, cela ne pourra pas être le top mais je vais faire au mieux.
    Je te remercie infiniment.

    Posté par Alain Thomas, 08 mars 2011 à 10:05 | | Répondre
  • S'améliorer ensemble

    Ce texte long...Alain,
    ne sera jamais assez long...
    60 ans de discorde!
    "On ne se marie pas pour être heureux mais pour s'améliorer ensemble" (Philippe de Lyon)

    Voici un bel exemple que tu nous confie, Alain.

    Encore pardon, je n'arrive pas à avoir de la compassion pour ceux qui abandonnent leurs parents.
    La souffrance de ceux qui sont abandonnés m'affecte trop pour être de tièdeur.

    Posté par Eve Lyne, 08 mars 2011 à 10:43 | | Répondre
  • Abandon

    Alain que c'est beau ce que tu as écrit.
    L'amour filiale, l'amour tout court.

    Parfois des gens abandonnent les parents face à leur sort soit par égoïsme soit aussi par histoire familiale.

    Que dire de ces enfants abandonnés par leurs parents élévés par un membre de la famille et qui au final s'occupe du parent qui les a abandonné.
    Que dire de ces enfants qui ont connu l'"humiliation" de la Ddass abandonnés par leur parents vivants et qui les retrouvant s'en occupent.

    A tort ou à raison ...N'est-ce pas la plus belle preuve d'amour qu'un enfant puisse donner à ses parents un pardon pour cet acte si inhumain...l'abandon.
    Devons-nous juger ces personnes qui ont subis de grandes douleurs dans leur vie au point d'abandonner ceux qui les ont causé....

    Nous mourrons seuls même entourés, quand la mort nous cueille, elle arrive dans le sommeil ou dans les marches d'un escalier mais quand sonne sa trompette nous sommes seuls à l'entendre.

    Je te rejoins complétement dans ton sentiment devant l'attitude des gens. Nous ne connaissons pas les histoires familiales justifiées ou non et même si on nous les raconte il demeure toujours des zones d'ombres.

    Pour pouvoir comprendre il faut vivre ce que l'être a vécu et nous ne pouvons pas nous mettre à leur place seulement touché du doigt le sentiment dérichant de l'abandon d'un côté comme de l'autre...un jugement de salomon...

    Si on veut reprendre les évangiles "Ne juge pas si tu ne veux pas être jugé ".

    Posté par Sarah, 08 mars 2011 à 12:37 | | Répondre
  • Eve Lyne et Sarah

    Oui Eve Lyne
    "On ne se marie pas pour être heureux mais pour s'améliorer ensemble" (Philippe de Lyon)
    Cette phrase est somptueuse.

    Oui Sarah
    "Ne juge pas si tu ne veux pas être jugé ".
    Chaque fois que l'on juge autrui, on se juge soi-même.

    Merci à vous deux ! Vous êtes des soeurs d'amour.

    Posté par Alain Thomas, 08 mars 2011 à 13:33 | | Répondre
  • Alain

    Oui Alain et il est parfois dommage de constater que ceux qui s'autofélicitent de ne jamais juger, juge en défintive...

    Posté par Sarah, 08 mars 2011 à 13:48 | | Répondre
  • Le courage

    Dire ce que l'on pense...
    Au risque de s'attirer la foudre...
    Point de jugement, ni mièvrerie.

    Posté par Eve Lyne, 08 mars 2011 à 14:14 | | Répondre
  • ou la suffisance

    Ou bien avoir une haute opinion de soi pour pouvoir établir une appréciation par rapport à son propre vécu...en considérant son opinion pour juste et défintive sans tenir des aléas de la vie.

    Posté par Sarah, 08 mars 2011 à 14:46 | | Répondre
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