matin

L’aube est un miracle… Il fait froid mais qu’importe.

Une belle éclaircie à l’Est agrandit mon regard. Le manteau de la nuit se déchire et je me laisse envahir par cette clarté.
Face à moi qui suis encore « moi », le pré, vaste et silencieux, me semble « indifférent ». C’est ce que je crois dans un premier temps… mais non… je ressens sa calme existence battre au rythme de la vie. Cette vie sur la droite, qui bat aussi, tout à côté, sur le sentier des marronniers encore endormi… Je n’entrevois que certaines formes. J’y entends au loin cependant crailler quelques corneilles.
Je poursuis mon tour d’horizon et regarde les deux tilleuls argentés sur ma gauche. Je m’arrête sur eux quelques secondes. Quelques oiseaux y pépient discrètement. C’est un enchantement…
Le halo lumineux continue de grandir. Il s’étend et s’élargit pour prendre le ciel qui se dégage au fur et à mesure, immense et sans nuage.
Et tous les sons me parviennent, tous les regards, tous les mouvements éphémères me submergent et m’emplissent d’infini.
Mon manteau fermé jusqu’aux oreilles, le froid est sec et pénétrant. Néanmoins je reste… car je sens au fond de moi l’Indéfinissable.
J’inspire la froidure au plus profond. Elle entre en mon corps pour atteindre chacune de mes cellules. J’ouvre la bouche pour exhaler l’air avec lequel je joue quelques secondes comme lorsque j’étais enfant.
Le temps et la distance n’existent pas. Les doutes, les confusions, les illusions se sont évanouies. Je n’ai plus de pensée. J’oublie tout, y compris le froid.
Présence !
Le silence par-delà les sons est grand, puissant et profond. Une résonance et un sourire.
Et c’est alors que je prends véritablement conscience de ma place qui n’est pas une place. J’occupe l’espace illimité au même titre que l’arbre, l’oiseau ou Cosmo (le chat) qui vient me dire bonjour, le givre qui recouvre le pré, l’air que je respire… De même que la maison dans mon dos, ou encore l’avion que j’aperçois dans le ciel et dont j’entends le vrombissement lointain.
Tout est confondu.
Je me détache sans me détacher vraiment. Toute l’énergie qui découle de ce que je perçois se mêle à ma propre énergie et me remplit de douceur et de paix profonde. Je suis comme en apesanteur, sans appui précis, inséparable du Tout, indissociable. En harmonie… En Union parfaite…

 

Hanami