Alain a transmis ce texte dans les commentaires du blog. Il m’a touché et je souhaite donc le faire partager au plus grand nombre. Le moment du départ est toujours un grand moment, émouvant et déchirant. L’âme bascule dans l’autre monde et les portes du paradis s’ouvrent pour nous accueillir. Nous laissons nos proches dans la tristesse sans pouvoir les réconforter.

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Ce soir, la bougie du petit curé est activée sur ma table de nuit.
Je pense à Françoise et à ses dernières heures, lorsque son mari Jean-Marc m'a appelé pour me demander de venir.
Lorsque je suis entré, il m'a dit :
"Les sons qui sortent de sa bouche sont inaudibles".
Je me suis approché, elle m'a souri et nous sommes restés silencieux, les regards croisés... un moment.
Je lui ai dit :
"Tu vois la lumière" ?
Son sourire s'est élargi. Elle m'a répondu :
"Oui"
Et l'amour ?
Elle m'a répondu :
"Oui"
Ensuite, elle a voulu me dire quelque chose, une sorte de dialecte qui ressemblait à du slave et je me suis trouvé démuni, sans perdre mon sourire. J'ai acquiescé, lui ai pris la main chaleureusement et l'ai caressée. C'est terrible de ne pas pouvoir communiquer à ce moment crucial. Elle a semblé interrogative.
Alors, je lui ai dit qu'elle était belle et son sourire est revenu. J'ai compris qu'il fallait garder le silence tout en restant présent.
Tantôt elle souffrait, tantôt elle semblait partir. Je restai là, un long moment et tentai de lui apporter toute mon attention. Elle semblait en paix mais de temps en temps, la souffrance semblait bien présente.
Quand je me levai pour partir, je compris qu'elle vivait ses dernières heures. Je discutai avec Jean-Marc et trouvai là un homme admirable, qui accompagnait sa femme jusqu'au dernier expire depuis plus d'un an.

Quand je regarde la petite flamme, sur ma table de nuit, je n'arrive pas à penser autrement qu'à tous ces êtres qui souffrent avant de partir, alors que toute leur vie, ils ont été exemplaires.

La célébration des obsèques fut un moment de rare dignité, tant de la part de la famille que de mon ami prêtre et de toute l'assemblée, réunie pour Françoise.

Au petit curé, je demande qu'il fasse quelque chose pour apaiser toute la misère du monde.
La communion, rituelle à la fin de chaque messe, prend tout son sens, dans ces moments de fraternité, d'amour et d'humilité.

Alain